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Victoire de l’extrême droite aux élections législatives néerlandaises: Comment expliquer l’ascension du parti ?

Dernière mise à jour : 1 nov. 2024

Par Laila Abed Ali





Considéré comme l'un des membres-fondateurs de l'Union européenne, les Pays-Bas occupent une position géographique et économique stratégique au cœur de l'Europe occidentale. Avec une histoire riche et complexe, le pays a évolué pour devenir une démocratie parlementaire réputée pour sa stabilité politique et son engagement en faveur des droits humains. Le système politique néerlandais repose sur des principes de pluralisme politique, avec une multiplicité de partis politiques représentés au Parlement. La coalition gouvernementale est souvent nécessaire pour former un gouvernement majoritaire en raison de la fragmentation du paysage politique. Cette dynamique favorise le compromis et la négociation, et les gouvernements de coalition sont fréquents. Les Pays-Bas sont également connus pour leur approche progressiste en matière de politique sociale, économique et environnementale. Des politiques telles que le mariage homosexuel, la légalisation de l'euthanasie et la réglementation de la marijuana ont fait des Pays-Bas un pionnier en Europe en matière de réformes sociales. 



Cependant, cette définition représente ce que l’on pensait savoir du pays, car depuis peu, cette nation s’est retrouvée confrontée à des défis contemporains, notamment la montée du populisme et de la xénophobie, ainsi que des questions liées à l'immigration, à l'intégration et à la sécurité. Ces défis ont alimenté des débats politiques animés et ont été accentués par les élections législatives, car à la surprise générale, le parti d’extrême droite islamophobe de Geert Wilders les a remportés le 22 novembre 2023. Avant d’essayer d’expliquer cette victoire soudaine, nous devons revenir sur les événements ayant poussé à l’essor du populisme au sein du pays. 


En effet, aux Pays-Bas, le populisme et l'extrême droite ont gagné en influence au cours des dernières décennies, reflétant des tendances similaires dans d'autres parties de l'Europe et du monde. Le Parti pour la liberté (Partij voor de Vrijheid - PVV), dirigé par Geert Wilders, est l'un des exemples les plus notables du populisme de droite aux Pays-Bas. Le PVV critique ouvertement l'islam, plaide pour la réduction de l'immigration en provenance de pays musulmans, et exprime un scepticisme marqué à l'égard de l'Union européenne. Le parti a réussi à capitaliser sur les inquiétudes de l'électorat concernant l'identité nationale et les changements démographiques, se positionnant comme un défenseur des valeurs néerlandaises traditionnelles. De plus, le Forum pour la Démocratie (Forum voor Democratie - FvD) dirigé par Thierry Baudet, a également gagné en popularité. Le FvD partage certaines positions avec le PVV, notamment le scepticisme envers l'UE et les critiques sur la politique d'immigration, mais il se distingue par son accent sur la préservation de la culture européenne, le nationalisme, et parfois des théories du complot. 

Le parti a réussi à attirer des électeurs grâce à une combinaison de rhétorique populiste et d'une présentation plus « sophistiquée ».


La montée de ces partis a forcé le paysage politique traditionnel néerlandais à s'adapter. Les partis centristes et traditionnels ont parfois durci leur propre rhétorique sur l'immigration et l'intégration en réponse à la pression populiste. Cependant, le système politique proportionnel des Pays-Bas et la tradition de coalition signifient que les partis extrêmes ont plus de difficultés à accéder au pouvoir exécutif, bien qu'ils puissent influencer le débat public et l'agenda politique. Il est nécessaire de rappeler qu’en politique, une coalition est une alliance formée entre deux ou plusieurs partis politiques pour gouverner ensemble. Ces partis unissent leurs forces en raison de points communs dans leurs programmes politiques ou afin d'atteindre une majorité parlementaire nécessaire pour former un gouvernement. Malgré sa victoire, Wilders a tout de même déclaré qu’il « travaillerait dur avec d’autres partis » pour former une coalition. Cependant, l’alliance gauche-écologistes de Francs Timmermans, deuxième avec 25 sièges, a rejeté d’emblée toute coalition avec M. Wilders. Ce refus pourrait supposer que l’extrême droite ne connaîtra peut-être pas un essor stable et constant, car c’est la coalition qui renforce la politique du pays. 


Le vainqueur des élections s'est également engagé à accorder plus d'importance à "la sécurité et aux soins de santé" plutôt qu'à s'opposer à l'islam. Il a affirmé devant des journalistes à la Haye qu'il serait le Premier ministre de "tous les citoyens des Pays-Bas, indépendamment de leur religion, origine, sexe ou autre". Cependant, cela soulève des questions sur ce que l'avenir du pays réserve. En effet, la montée de l'extrême droite aux Pays-Bas reflète une dynamique complexe, combinant l'insatisfaction à l'égard du statu quo politique et économique avec des préoccupations croissantes concernant l'immigration et l'identité nationale. Les crises économiques et sociales, ainsi que les changements dans le paysage médiatique, ont également contribué à renforcer l'attrait des partis d'extrême droite, qui proposent souvent des solutions simplistes à des problèmes complexes. Le sentiment de menace sur la sécurité nationale, amplifié par les préoccupations concernant le terrorisme et la criminalité, a également joué un rôle dans cette montée. 



Notons tout de même qu’il est impératif que les acteurs politiques abordent ces préoccupations de manière inclusive et démocratique afin de maintenir la cohésion sociale et de défendre les principes fondamentaux de la démocratie. 

 

Credit photo: ABACA



Sources:



 

© 2021 Le Polémique

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