Par Emma Soares
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Crédit photo : Jack Guez, AFP
Le 5 novembre 2024, Donald Trump a été élu 47 e président des États-Unis. Sa remontée au pouvoir américain voudrait bien signifier « carte blanche » au Premier ministre israélien. Cette même nuit, des bombardements dans la bande de Gaza ont tués 13 personnes, dont des enfants réfugiés dans des tentes. Cela fait plus d’un an que la guerre menée par Israël fait rage dans la région, on compte plus de 40 000 palestiniens tués depuis l’attaque meurtrière du Hamas et l’élection de Trump à la tête d’une des plus grandes puissances mondiales ne donne pas beaucoup d’espoir aux survivants. Depuis son premier mandat, le businessman américain s’est foncièrement opposé aux intérêts du peuple palestinien.
En 2017, il avait reconnu officiellement la ville de Jérusalem comme capitale d’Israël, bafouant toute légitimité d’un État palestinien sur le territoire.
En 2019, il reconnaît la souveraineté d’Israël sur le Golan. Ce territoire occupe une place stratégique pour l’État Israélien, il est situé entre le pays, la Syrie et le Liban. Ce plateau, auparavant occupé par les forces syriennes, a été annexé par Israël en 1981 et directement condamné par la communauté internationale. En légitimant l’occupation de ces territoires par les autorités israéliennes, Trump se positionne en allié indéfectible de Netanyahou.
En 2020, il signe les accords d’Abraham, un accord bilatéral qui vise à normaliser les relations israélo-arabes et œuvrer pour une paix stable au Moyen-Orient.
L’hypocrisie occidentale
La présentation officielle des accords frôle l’utopie “ based on mutual respect and coexistence as well as respect for human dignity […] We seek to end radicalization and conflict to provide all children a better future.” On doit se demander de quels enfants ils parlent. Quand 14 100 d’entre eux ont déjà perdus la vie dans la bande de Gaza depuis plus d’un an, on compte un enfant tué ou blessé toutes les 10 minutes. Ces chiffres ahurissants qui ne cessent de grimper contredisent complètement les intentions portées par ces accords, dont Trump s’est bien sûr félicité. Les accords qu’il a négocié en faveur de l’État israélien montrent à quel point le président américain est prêt à défendre les mesures coloniales de son homologue Benyamin Netanyahou. Il exclue la Palestine de toutes les discussions, refusant catégoriquement de reconnaitre l’État et sa souveraineté. Il a gardé les mêmes positions lors de sa dernière campagne, martelant le droit d’Israël à se défendre sans esquisser un semblant de gêne envers les conséquences mortelles de la guerre menée sans relâche contre le Hamas et le Hezbollah. Le nouvel ambassadeur israélien aux États-Unis, Yechiel Leiter, sort tout droit des rangs extrémistes de la coalition gouvernementale de Netanyahou. Il vise à poursuivre la politique coloniale du Premier ministre au plus proche du pouvoir américain. Ces dernières années, un vent de repli sur soi a soufflé vers certains camps politiques, dont les trumpistes, ils se montrent plus réfractaires à envoyer des aides vers l’Ukraine et sont loin d’accepter une reconnaissance conjointe de la Palestine comme l’ont fait l’Espagne, l’Irlande et la Norvège. Malgré sa politique étrangère du “America first”, il est difficile de croire que Trump retirera son soutien à l’Ukraine, mais les prédictions de ses politiques à venir sur le conflit israélo-palestinien demeurent inquiétantes.
Des promesses qui viennent rattraper Trump
Trump a déjà affirmé pouvoir résoudre « la guerre en Ukraine en 24 heures » lors d’un entretien avec Nigel Farage en mai 2023. Son assurance semble rassurer le président ukrainien qui l’a félicité à la suite de sa victoire. Donald Trump prône « une paix par la force » pour l’Ukraine, mais reste vague sur la possibilité d’une résolution au Moyen Orient. Son prédécesseur, Joe Biden, est resté lui aussi flou sur ses intentions envers le conflit qui oppose Israël à ses voisins. Les États-Unis sont le plus grand fournisseur d’armement du pays, ils sont à l’origine de 69% de leurs importations d’armes. En août, ils ont envoyé près de 20 milliards de dollars d’armement à la défense israélienne, finançant en grande partie la guerre. La Cour Pénale Internationale dénonce le génocide en cours, un mot qui reste imprononçable pour le gouvernement américain. Il a systématiquement bloqué toutes les propositions de cessez-le-feu à L’ONU, mais prétend pourtant s’adonner sans relâche à des négociations avec l’État hébreu. Le mois dernier, le Qatar a abandonné ses efforts de médiation entre Israël et le Hamas. Il déplore un manque de volonté des deux partis pour une résolution rapide. Croulant sous les pressions de Washington, le siège du Hamas à Doha « n’a plus raison d’être », selon une source proche du pouvoir qatari.
Donald Trump sera officiellement investi le 20 janvier 2025. Peut-on espérer des mesures favorisant une « paix juste » comme il l’a affirmé pour l’Ukraine ou va-t-il suivre la lignée de son prédécesseur et ignorer les dégâts monstrueux déjà opérés à Gaza et au Liban ? Ses positions évoquées dans le passé nous poussent à croire qu’il se tiendra aux côtés d’Israël et qu’une résolution paisible est déjà abandonnée. Les millions de déplacés à la suite de la guerre espèrent un jour rentrer chez eux, leurs maisons en ruine laissent peu d’espoir.
Sources :
Tassé, Loïc. 2024. « Trump veut détruire la Palestine et l’Iran nucléaire ». Le Journal de Montréal. https://www.journaldemontreal.com/2024/11/11/trump-veut-detruire-la-palestine-et-liran-nucleaire
Agence France Presse. 2024. « Les États-Unis approuvent la vente de 20 milliards de dollars d’armement à Israël ». Le Devoir. https://www.ledevoir.com/monde/etats-unis/818118/etats-unis-approuvent-vente-20-milliards-dollars-armement-israel?
Tervé, Claire. 2024. « « Régler la guerre en Ukraine en 24h », la promesse qui va rattraper Donald Trump après sa réélection ». Huffington Post. https://www.huffingtonpost.fr/international/article/regler-la-guerre-en-ukraine-en-24h-la-promesse-qui-va-rattraper-donald-trump-apres-sa-reelection_241887.html
Haski, Pierre. 2024. « Avec le front du refus Netayahou-Trump, la fin de la guerre à Gaza s’éloigne.» Podcast Géopolitique. Radio-France. https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/geopolitique/geopolitique-du-lundi-11-novembre-2024-4003697
Morel, Pierre. Qi, Yiqing. 2024. « Guerre au Proche-Orient : quels sont les principaux fournisseurs d’armes à Israël ? » Ouest France.
https://www.ouest-france.fr/monde/israel/guerre-au-proche-orient-quels-sont-les-principaux-fournisseurs-darmes-a-israel-5cf6edc8-84a8-11ef-91d9-7f562215fe95#:~:text=Les%20États%2DUnis%20sont%2C%20de,paix%20de%20Stockholm%20(Sipri).
U.S Department of State. 2020. « The Abraham Accords Declaration » Bureau of Near Eastern Affairs. https://www.state.gov/the-abraham-accords/