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Montée de l’extrémisme de droite en Allemagne : la réponse citoyenne

Dernière mise à jour : 1 nov. 2024

Par Julianne Bilodeau 






Le 29 janvier dernier, l’un des partis les plus populaires d’Allemagne, L’Alternative für Deutschland (AFD), a perdu une élection dans le district de Saale-Orla, dans la région de Thuringe. Malgré la position favorable détenue par le parti dans ce district, l’élection locale a finalement été remportée par son rival conservateur Christian Herrgott avec 52,4 % des votes. Malgré cette défaite, l’AFD, un parti d’extrême droite, gagne de plus en plus de popularité depuis sa création en 2013. Il rassemble désormais plus de 40 000 membres et occupe la deuxième position derrière les conservateurs dans les intentions de vote (22 %) pour les élections fédérales de 2025. L’adhésion partisane à ce parti d’extrême droite représente notamment une tendance perceptible à l’échelle du continent européen.


Du populisme à la xénophobie 


Il est possible d’expliquer cette adhésion grandissante par plusieurs thèses et idées proposées par le parti. En effet, on reconnaît chez les partisans une inquiétude croissante face aux conséquences de la mondialisation, qui aurait causé de nombreux perdants chez la population allemande et privilégié les intérêts des élites. De plus, la mondialisation aurait favorisé l’arrivée de plusieurs immigrants, exacerbant ainsi la peur de l’autre et la xénophobie chez de nombreux individus. Ainsi, l’un des objectifs principaux du parti serait l’expulsion d’immigrants et l’arrêt de l’aide financière qui leur est présentement octroyée. Pour l’AFD, l’Islam et la communauté musulmane, une religion qu’il critique abondamment, serait entre autres responsables de l’antisémitisme en Allemagne. Étant un parti populiste, l’adhésion s’explique aussi par la mise en œuvre d’une critique des élites dirigeantes incapables de répondre aux besoins et aux intérêts de la population et de la démocratie, qui ne serait pas adéquate dans sa forme actuelle, car ne provenant pas directement de la volonté citoyenne. Les élites, perçues comme corrompues, se trouveraient aussi à l’international où les intérêts allemands n’y seraient pas adéquatement représentés. Le repli identitaire et géographique proposé par l’AFD se manifeste entre autres par une sortie de l'Union européenne, l’annulation de plusieurs traités internationaux comme l’Accord de Paris sur le climat de 2015 et la fin du financement octroyé à l’aide au développement. 


Une rencontre du parti à Potsdam révélée au grand jour 


Malgré la position favorable du parti, sa légitimité a été fortement chambranlée par un communiqué du Correctiv, un média d’investigation allemand, qui a révélé la tenue d’une rencontre à Potsdam de plusieurs politiciens, dont les membres de l’AFD, qui avait pour objet l’organisation d’un projet d’expulsion massive de personnes immigrantes. Bien que ce lien n’ait pas été prouvé directement, il est curieux de noter que le lieu de rencontre à Potsdam ne se situait qu’à quelques dizaines de minutes de route de la ville de Wannsee, emplacement où avait été organisée la mise en œuvre de la « solution finale » lors de la Deuxième Guerre mondiale.  


La mobilisation de la société civile 


Face à l’objet de cette rencontre, il a été possible de voir une réponse civile sans précédent. En effet, à partir du 19 janvier 2024, des centaines de milliers d’Allemands se sont rassemblés dans plusieurs villes et ont manifesté contre les idées anti-démocratiques de l’AFD, rassemblant au total plus de 1,4 million de personnes.  Les révélations chocs sur la rencontre à Potsdam ont forcé la fin du silence des Allemands, qui avaient jusqu’à présent accepté, dans une certaine mesure, la présence montante du parti. Le plan d’expulsion a apporté de nombreuses craintes à travers la population et a ainsi révélé la vraie nature du parti. 


Les idées du parti et un plan tels que l’expulsion de personnes d’origine étrangère constituent une réelle attaque contre la démocratie. Certains politiciens dont le chancelier social-démocrate Olaf Scholz rappelle à la population allemande l’importance de la mobilisation « pour la cohésion, pour la tolérance, pour notre Allemagne démocratique ». Ces événements soulèvent l’importance du devoir de mémoire. Il est nécessaire de se remémorer les structures qui ont favorisé auparavant la montée de l’extrême droite et qui ont causé l’une des parties les plus sombres de notre Histoire.



Crédit photo : CHRISTIAN MANG / AFP


Sources : 


 

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