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Le 21 et 22 novembre : Grève étudiante pour la Palestine

Dernière mise à jour : il y a 3 jours

Par Narimane Hkm

Photos de Narimane Hkm


Le 21 et 22 novembre 2024 les étudiant·e·s des universités québécoises ont fait résonner leur voix longtemps étouffée par l’indifférence institutionnelle. Plus de 85 000 étudiant·e·s, représentés par 35 associations des universités phares telles que l’Université de Montréal, l’UQAM, Concordia, l’UQAR et l’Université de Sherbrooke, ont voté en faveur d’un mandat de grève pour la Palestine. Ce mouvement, lancé par Students for Justice in Palestine (SJP) et le Palestinian Youth Movement (PYM) le 16 octobre 2024, s’inscrit dans une vague de mobilisation mondiale.

 

Coïncidant avec la visite de la délégation de près de 300 délégué·e·s des États membres de l’OTAN à Montréal, du 22 au 25 novembre, cette grève a également été accompagnée d’une manifestation étudiante devant le Palais des Congrès accusant l’OTAN de complicité dans les crimes d’Israël, rappelant que l’OTAN collabore étroitement avec l’Armée de défense d’Israël (Tsahal).

 

            

Sur le campus de Montréal…

 

            Au matin du 21 novembre, le campus de l’Université de Montréal semblait encore assoupi, à peine traversé par une brise de contestation. Quelques drapeaux palestiniens flottaient timidement sous le regard vigilant de la sécurité, marquant le début d’une journée qui, à première vue, semblait ordinaire. Mais, sur les marches du pavillon Jean-Brillant, une peinture rouge vif témoignait de la colère des étudiant·e·s.

 

À mesure que les heures avançaient, une foule s’amassait sur la Place Laurentienne. Et à 11 heures, les étudiant·e·s dont les associations n’ont pas voté la grève ont quitté les bancs des salles de cours pour rejoindre les rangs des grévistes. Ce Walk-out, symbole du refus des étudiant·e·s de rester silencieux·ses face aux crimes, s’est organisé par petit groupe d’amis. Les couloirs de Jean-Brillant résonnaient des slogans portés par la foule, faisant vibrer le campus sous le pas lourd et effréné des étudiant·e·s.

 

« Israël terroriste, UdeM complice », scandaient-ils en une voix unie.

 

Le porte-parole du mouvement, s’adressant à la foule, rappelle avec gravité la réalité que vivent les étudiant·e·s de Gaza, où les universités et les écoles sont réduites en cendres par des frappes israéliennes. Ce scolasticide est d’ailleurs dénoncé par l’ONU, qui rapporte que 85 % des écoles ont directement été touchées et endommagées, tandis que les 12 universités de Gaza ont été bombardées. Avec ce bilan, 625 000 élèves et étudiant·e·s à Gaza se retrouvent privé·e·s d'accès à l'éducation et au moins 95 professeur·e·s d'université ont perdu la vie.

 

« Israël assassine les enfants de Palestine, Israël assassine les étudiants de Palestine, Israël assassine les professeurs de Palestine, Israël assassine les médecins de Palestine… », clamaient-ils en chœur. 

 

De Jean-Brillant au campus MIL, en passant par Polytechnique et HEC, un cortège d’étudiant·e·s, escorté·e·s par des agents de sécurité, défilait dans les couloirs de l'institution, rappelant à chacun l'indifférence de l’université. Pendant deux jours, Walk-out, piquets de grève devant les salles de cours et manifestations internes et externes ont rythmé la vie du campus.

 

Cette grève intervient dans la lignée plus générale du mouvement BDS (Boycott, Desinvest, Sanction) qui a pour objectif de faire pression sur Israël pour qu’elle se conforme au droit international, et vise à mettre fin au soutien international, par l’appel au boycott d’Israël, et par des campagnes de désinvestissement. Inspiré par le mouvement anti-apartheid sud-africain, ce mouvement dénonce fermement le régime de colonisation, “d’apartheid” et d’occupation maintenu par Israël sur le peuple palestinien. 

 

« Désinvestir, notre chancelier donne de l’argent a LeddarTech sa compagnie en Israël, désinvestir avec l'université Ben Gourion » exige une étudiante en histoire « On ne devrait pas représenter ça en tant qu’université de Montréal et du Monde ». 

 

Ainsi, au cœur de la grève étudiante se trouve une exigence principale, ordonnant à l’Université de Montréal qu’elle cesse immédiatement tout investissement dans des entreprises soutenant militairement Israël, qui contribuerait à la campagne meurtrière d’Israël à Gaza. Enfin, ils dénoncent le double standard de l’université, qui s’est promptement positionnée en faveur de l’Ukraine, avec l’engagement clair du recteur à « soutenir les universitaires ukrainiens », tout en restant silencieuse sur la Palestine.

 

« J’attends que l’université arrête ses partenariats, je préfère que l’université soit passive, plutôt qu’elle finance ces institutions-là » réclame une étudiante en études internationales « Et arrêter cette diabolisation des Palestiniens ». 

 

Malgré les embûches, les étudiant·e·s avec qui nous nous sommes entretenus se disent généralement optimistes quant à l’avenir du mouvement, bien qu’ils attendent plus de l’université.  

  

 

Une mobilisation politique sans l’association de science politique

 

            Avec 21 associations étudiantes, dont l’ADÉPUM (Association des étudiants de philosophie de l’UdeM), l’AÉAUM (Association étudiante en Anthropologie), l'AEMSUM (Association des étudiants en mathématiques et statistiques), l’AÉDIROUM (Association des étudiants du département d’informatique et de recherche opérationnelle), l’AÉHUM (Association des étudiants en histoire) et la PHYSUM, ayant voté en faveur de la grève, le mouvement a connu un franc succès. Cependant, l’absence de l’AÉSPEIUM, l'association des étudiants et étudiantes en Science Politique et Études Internationales de l'Université, a suscité une vive déception parmi ses membres. 

 

Dans un communiqué sur les réseaux sociaux, l’AÉSPEIUM justifie son absence par son statut « apolitique », un positionnement qui a provoqué une vague d’indignation.

 

Les étudiant·e·s en Science Politique et Études internationales urgent l’association de se conformer à l’article 60 de son cahier de position en condamnant clairement et fermement les actions israéliennes « enfreignant les principes de souveraineté et de droit international » et en réitérant le droit du peuple palestinien « aux luttes d’autodétermination des peuples ».  

L’argument de l’apolitisation de l’association semble être pour les étudiant·e·s indigné.e.s, une forme de silence et d’évitement, réduisant la crédibilité de l’association. En effet, dans le contexte des droits humains et des luttes pour l'autodétermination, il est souvent très difficile et mal vu de rester « apolitique » ou « neutre » lorsque des violations de ces principes sont largement reconnues à l'échelle internationale.

 

Les étudiant·e·s regrettent alors que leur association n’ait pas été à la hauteur des mobilisations observées dans d’autres disciplines. Tandis que plus d’une dizaine d’associations telle que l’AHEUM et l’AEAUM ont adopté des mandats BDS dans leur charte, le silence de l’AÉSPEIUM, fait écho au silence international de l’Occident, frustrant davantage la communauté étudiante. 

 

« Tu ne peux pas te positionner de manière apolitique lorsqu’il y a des gens qui meurent par dizaines de milliers [...] l’association de science politique se positionne juste quand elle veut se positionner, elle ne représente pas du tout les étudiants de science politique », s’indigne un étudiant en deuxième année de science politique. 

 

Ainsi, bien que cette grève n’ait pas immédiatement conduit à des changements concrets, elle a néanmoins ravivé l’indignation, rassemblé des voix et insufflé un vent d’espoir sur les campus de l’UdeM. Mettant en avant une jeunesse qui refuse de céder à l’indifférence et au silence complice des institutions.


Suite à ces critiques de la part de la communauté étudiante, l’AÉSPÉIUM a convoqué une Assemblée Générale Extraordinaire le mercredi 4 décembre 2024 pour modifier et amender son cahier de positions.



Sources :

 

 

 

 

 


 

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