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La crise du logement : tracer les contours d’un grand défi au Québec

Dernière mise à jour : 1 nov. 2024




Par Nedjy Loute Celestin



Stress de ne pas trouver un logement décent et abordable, anxiété causée par une anticipation d’une possible augmentation de son loyer, inquiétude et désarrois face à ses chances de pouvoir acheter une maison qui s’amenuisent de plus en plus, tel est la dure réalité des Québécois et Québécoises face au marché d’habitation du Québec. Celui-ci est définitivement victime d’une crise du logement. C’est du moins ce que confirment les chiffres du rapport de la Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL) dans son enquête sur les logements sociaux et abordables en mars 2023. En effet, leur rapport a mis en avant la dégradation du marché d’habitation du Québec qui se détériore d’année en année avec un taux d’inoccupation passant 2,3 % en 2018 à 1,7 % en 2022 pour l’ensemble du Québec, sans compter la situation inquiétante de certaines villes comme Drummondville dont le taux d’inoccupation est de 0,4 %. L’augmentation fulgurante des prix des logements est aussi soulignée dans ce rapport, avec une augmentation de 3,62 % pour les logements sans changement de locataires et une augmentation encore plus marquée de 13,22 % pour les logements avec changement de locataires et tout ça en l’espace d'un an. Plusieurs réalités sociales et économiques du Québec peuvent s’entrechoquer quand il s’agit des problèmes liés au logement, cependant il est nécessaire de définir les contours de ce problème complexe qu’est la crise du logement.


Loyer inabordable


Il va de soi que lorsqu’on entend un loyer inabordable, on voit des prix dispendieux, cependant, d’après Statistique Canada, un loyer inabordable est mesuré en comparant les dépenses liées aux logements au revenu du locataire. Un locataire qui consacre alors plus de 30 % de son revenu aux dépenses liées à son logement est dans une situation où son logement est inabordable. Toujours selon les données de Statistique Canada, le pourcentage d’individus qui consacrent plus de 30 % de leur revenu aux dépenses liées à leur logement au Québec était de 25,2 % en 2021.

Outre les prix du loyer et leur incidence sur les revenus des locataires, la question de la qualité du logement rentre aussi en jeu. Face à des prix beaucoup trop élevés, les locataires ont tendance à se tourner vers des logements qui entrent dans leur budget et qui ne correspondent pas du tout à leur besoin d’habitation soit en termes de salubrité ou en termes d’espace. À noter que l’institution nationale du Québec définit l’insalubrité sur des critères comme la présence de punaises, coquerelles, rongeurs, moisissures apparentes, traces d’infiltration d’eau, vermine ou humidité excessive, température trop élevée ou température trop froide. Dans la région métropolitaine de Montréal, c’est près de 8 % des logements qui sont considérés comme insalubres, selon un rapport de la Communauté métropolitaine de Montréal. Des réalités difficiles qui sont plus accrues chez les personnes à faible revenu et chez les communautés autochtones. En 2021, ce sont environ 124 000 ménages autochtones qui étaient en situation d’urgence par rapport au logement.


Accessibilité à la propriété


Des difficultés liées à l’achat d’un logement sont aussi une composante de la crise du logement. Selon les données de Statistique Canada, la proportion de ménages canadiens propriétaires de leur logement est en diminution, passant de 69 % en 2011 à 66,5 % en 2021. Des chiffres qui révèlent un affaiblissement des capacités des ménages à se financer un logement. Ainsi, on assiste à l’accroissement du nombre de ménages locataires (+21,5 %) par rapport au nombre de ménages propriétaires (+8,4 %), d’après Statistique Canada. Des chiffres qui s’expliquent par l’augmentation des taux d’intérêt et des taux hypothécaires. Des taux hypothécaires qui atteignent 7 % sont les taux les plus élevés que connaît le pays depuis 40 ans. Les prix des maisons suivent aussi la tendance à l’augmentation, ce qui affecte la capacité des potentiels acheteurs à trouver la somme de mise de fonds. 


Difficulté à trouver un logement 


L’augmentation des prix, que ce soit pour les logements locatifs ou pour l’achat d’une propriété, obéit aux phénomènes de la rareté que connaît le marché du logement du Québec. En effet, l’offre de logement est nettement inférieure à la demande, surtout avec l’augmentation démographique que connaît le Québec ces dernières années. La Société canadienne d'hypothèques et de logement a estimé qu’il faudrait d’ici 2030 3,5 millions de logements supplémentaires pour répondre au besoin du marché des logements, dont 1,2 million au Québec. Des chiffres qui semblent impossibles à atteindre avec la baisse des mises en chantier aussi bien au Canada qu’au Québec. Cela se traduit dans la réalité par les difficultés rencontrées par une personne à la recherche d’un logement, car beaucoup trop de personnes demandent ce même logement. 


Que font les gouvernements ?


Premièrement, le gouvernement québécois a pris du temps pour reconnaître l'existence de la crise du logement au Québec. En effet, cet aspect était observable lors des dernières élections où la crise du logement avait brillé par son absence lors des débats. La CAQ, depuis son entrée au pouvoir en 2018, a refusé d’admettre la présence de la crise du logement et c’est finalement en avril 2022 que la ministre des Affaires municipales et de l’Habitation, Andrée Laforest, a admis l’existence de la crise du logement. Néanmoins, seulement dans certaines régions. S’en sont alors suivi des mesures de la part de la CAQ qui ne répondaient pas du tout à l’ampleur de la crise, comme lorsqu’en mars 2023, la CAQ avait annoncé qu’il allait financer seulement 1500 nouveaux logements sociaux. Du côté du gouvernement fédéral, de nouvelles mesures sont prises pour réduire l’augmentation des immigrants temporaires, notamment les étudiants étrangers, qui peuvent exercer une pression sur le marché du logement déjà débordé. Ce sont des mesures qui visent à soulager temporairement la pression, mais on peut se questionner sur leur efficacité sur le long terme, d'autant qu’une partie du problème réside dans le fait que l’offre ne suit pas la demande à cause du manque d’unités de logement.


Crédit Photo : Pixabay


Sources :



 

© 2021 Le Polémique

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