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Escalade diplomatique entre l’Inde et le Canada

Dernière mise à jour : 5 déc. 2024

Par Emma Soares


Crédit : AP



En Inde, l’entrée au pouvoir de Narendra Modi en 2014 marque aussi l’entrée en vigueur d’une politique répressive envers les minorités religieuses du pays. La communauté Sikh n’y échappe pas et par peur de subir plus de persécutions, beaucoup immigrent dans d'autres pays, fuyant ainsi un régime discriminatoire. Le Canada étant la terre d’accueil de la plus grande diaspora Sikh au monde a notamment vu son nombre augmenter, passant de 450 000 à 770 000. Parmi eux se retrouvent des militants opposés à Modi qui se battent pour la reconnaissance d’un État sikh. Ces militants sont dans le viseur du gouvernement indien, qui souhaiterait faire taire les voix dissidentes, et ce, même depuis l’étranger. 

 


De troublantes accusations 


Cela fait déjà plus d'un an que les autorités canadiennes dénoncent des agissements criminels sur le sol canadien qui remontent jusqu'aux portes du pouvoir indien. Justin Trudeau s’exprimait sur les faits à la Chambre des communes en septembre 2023. C’est lui qui divulgue l'affaire au grand jour en annonçant que des preuves concrètes, obtenues par les renseignements canadiens, révèlent un complot impliquant des diplomates indiens et les responsables du meurtre d’un leader indépendantiste sikh. Un haut émissaire et cinq diplomates seraient impliqués dans une organisation criminelle ciblant des militants de la communauté. Une enquête est ouverte auprès de la Gendarmerie Royale du Canada et l'autorité s'exprime le 14 octobre lors d'une conférence de presse à Singapour. Elle détaille les accusations ainsi que les preuves récoltées contre les six diplomates indiens : ils auraient comploté, menacé et même tué des membres de la communauté sikh. Le gouvernement indien réfute toutes accusations et dénonce l'absence de preuves, qui n’auraient jamais été communiquées auprès de leurs autorités. Pourtant, le Canada a toujours affirmé avoir partagé les avancées de l’enquête.


 Les accusations accablantes révélées à la suite d'une enquête de grande ampleur, témoignent d’une opération organisée allant jusqu’à l’assassinat d'un citoyen canadien et militant, Hardeep Singh Nijjar. L’opposant politique au régime suprémaciste hindou de Narendra Modi a été tué par balle près de son domicile à Vancouver en juin 2023. Il militait pour la création d’un État Sikh indépendant dans le nord de l’Inde. Son meurtre déclenche une enquête qui rassemble des renseignements de plusieurs pays et met en lumière d'autres assassinats au Canada auxquels les diplomates indiens seraient mêlés. Si aucune arrestation n’a été effectuée, c’est parce qu’ils bénéficient de l'immunité diplomatique, un principe fondamental en relations internationales qui empêche toute poursuite judiciaire contre les accusés de cette affaire ubuesque. Malgré l'impossibilité de les rendre face à la justice canadienne, les diplomates ont été expulsés du pays à la mi-octobre. L'Inde n’a pas hésité à riposter, en expulsant à son tour six diplomates canadiens, marquant le début d’une période d’hostilité qui frappe les deux pays, et dont les conséquences sont encore à prédire. 



Comment le Canada fera-t-il face à ces tensions ?


Il s’agit d’une crise diplomatique sans précédent et fastidieuse pour Justin Trudeau. Au sein de tensions grandissantes avec la Chine, qui ne s'est pas manquée de le sermonner publiquement lors du sommet du G20 en 2022, le Canada voyait en l'Inde un futur allié sur le continent. Ce futur allié, bientôt une puissance économique mondiale, se voit désormais accusé d’opérer au Canada une campagne d’insécurité contre la communauté sud-asiatique. Leur relation diplomatique battait déjà de l’aile en septembre 2023, quand le Canada décide d’interrompre ses négociations de libre-échange avec l’Inde, déjà en réaction aux comportements de ses diplomates. Malgré l’aggravation des tensions entre Ottawa et New Delhi, le gouvernement canadien assure qu’il s’impatiente de continuer une “précieuse relation” avec l’Inde, un ton contradictoire de la part de la ministre Ng du commerce international, qui cherche à préserver les liens économiques au milieu d’un chaos diplomatique.


Sources :


Castonguay, Alec. 2023. «  Les Sikhs, l’Inde et le casse-tête politique d’être une terre d’accueil ».


La Presse canadienne. 2024. « Ottawa tente de rassurer les entrepreneurs canadiens qui font affaire avec l’Inde ». Tensions entre l’Inde et le Canada. 


Marquis, Mélanie. 2024. « La crise diplomatique en 7 questions » Relations entre le Canada et l’Inde. 


 



 

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