Par Justin Perreault
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Crédit photo : Abir Sultan via Shutterstock
Depuis le 7 octobre 2023, le nom de Benyamin Nétanyahou ne fait que retentir sur la scène mondiale. Le premier ministre israélien est une figure intensément polarisante, et très mal vue par la communauté internationale pour ses ripostes militaires envers la Palestine à la suite des attentats du 7 octobre. Il reste cependant un personnage d’influence importante en Israël, étant le premier ministre au pouvoir le plus longtemps par l’accumulation de ses mandats, soit un total de 17 ans, mais ayant aussi dédié sa vie au service de son pays. Malgré un bilan domestique de prime abord impressionnant, ses actions et ses décisions concernant la guerre à Gaza rendent son avenir dans la vie politique incertain et diminuent essentiellement sa crédibilité à l’échelle internationale.
Son image
La perception de Benyamin Nétanyahou est extrêmement dichotomique, et se divise entre son public domestique, le peuple d’Israël, et la communauté internationale, elle-même divisée, mais qui a su se rapprocher peu à peu. Sur le plan domestique, l’opinion publique semble fluctuer selon les conflits armés, par exemple lors des évènements du 7 octobre où l’opinion publique en sa faveur a massivement chuté. C’est le résultat d’une perception des Israéliens que leur premier ministre a failli à son mandat de protection envers le pays. En revanche, ces bas niveaux d’approbations sont facilement renversables par des ripostes militaires brutales. Elles donnent au peuple d’Israël un sens de la victoire et de sécurité, peu importe les atrocités impliquées. Malgré une popularité fluctuante à l’interne de son pays, il y reste une figure persistante qui bénéficie généralement d’un support étranger non négligeable, qu’il soit politique ou citoyen.
Cependant, dans la dernière année, ce support s'est écroulé peu à peu puisque, dans le cadre du contexte israélo-palestinien, son escalade des actes militaires fomente un mouvement d’opposition et d’indignation virulent. Son image se retrouve endommagée par la réaction à ses actions exagérées qui ont régulièrement des conséquences inhumaines, frôlant les catastrophes pour l’humanité, ce qui lui arrache une crédibilité sur tous les fronts. L’image d’un génocidaire sera profondément gravée dans la mémoire de la communauté internationale. Ces mauvaises décisions ternissent l’image de Nétanyahou, qui ne peut plus être simplement vu comme le premier ministre d’Israël ; les ripostes militaires qu’il a permises lui ont conféré le portrait d’une brute, un portrait qui prendra désormais préséance sur son poste et sa fonction en tant qu’homme d’État.
Outre le conflit à Gaza, Nétanyahou reste quelque peu difficile à apprécier, particulièrement pour les Israéliens, en raison de plusieurs scandales qui ont miné la confiance de la population envers lui. On compte parmi les exemples : sa conviction, en 2019, pour fraude et corruption, ainsi que ses propositions pour des réformes judiciaires impopulaires, qui ont mené à de grandes manifestations, en 2023, en opposition à la réforme qui était vue comme une menace du régime démocratique d’Israël et un pas de plus vers un régime autoritaire. Toutefois, les scandales qui entourent Nétanyahou sont, de toute évidence, insuffisants pour une perte totale de confiance par la population, puisqu’il se trouve, encore à ce jour, en tête du pays.
Ses crimes
Bien que certains puissent essayer de légitimer les actions d’Israël comme de l’autodéfense, il y a une ligne fermement établie qui distingue la défense légitime des crimes de guerre ou contre l’humanité. La riposte israélienne aux attaques du 7 octobre, qui s’inscrit dans la volonté de la préservation du pays, a très vite débordé vers des actes plus inhumains les uns que les autres, faisant fi des morts au profit du prétexte politique. Les bombardements et les offensives à Gaza, puis à Rafah, vont au-delà de la défense d’Israël. Les opérations offensives pourraient être pratiquement vues comme une politique de terre brûlée et une atteinte aux droits de la personne par les violences. En effet, les prises d’otages faites par l’armée d’Israël et par des offenses qui s’étendent au-delà des frontières de la Palestine, avec des attaques de l’armée israélienne sur des Casques bleus au Liban témoignent de ces atteintes.
L’accumulation des crimes perpétrés sous la supervision de Nétanyahou atteint un point critique lorsque la Cour Criminelle Internationale a demandé un mandat d’arrêt pour lui et son ancien ministre de la Défense Yoav Gallant. Ce mandat d’arrêt est la preuve concrète que les actions des forces armées israéliennes ne sont plus tolérées par la communauté diplomatique internationale. Cette indignation publique s’était prononcée bien auparavant et la sévérité des crimes est alors prônée de différentes façons. En décembre 2023, l’Afrique du Sud dépose une plainte auprès de la Cour internationale de Justice contre Israël l’accusant de génocide. En mai 2024, l’Espagne, l’Irlande, et la Norvège reconnaissent la Palestine comme État dans l’espoir d’encourager une cessation des conflits et de limiter les morts. En réponse au mandat d’arrêt lancé contre Nétanyahou en novembre, le Canada et le Royaume-Uni se vouent à son application dans le cas où ce dernier entrerait sur le territoire de l’un de ces pays. Malgré les crimes indéniables d’Israël, certains pays ne reconnaissent pourtant pas le mandat, comme la France ou les États-Unis. Cependant, il n’est pas nécessaire d’avoir le soutien de tous les pays pour que le mandat mine la capacité diplomatique d’Israël et, plus particulièrement, la crédibilité de Nétanyahou en tant que politicien.
Son avenir politique
Les répercussions de la guerre à Gaza auront sans doute un effet particulièrement négatif sur Benyamin Nétanyahou. Il est répudié par son peuple pour son manque d’éthique à l’interne et pour son échec à la protection du pays lors des attaques du 7 octobre 2023. La communauté civile internationale, en grande partie, ne ressent plus que de la haine pour lui en raison de ses multiples violations des droits de l’Homme. La communauté diplomatique et politique prend peu à peu ses distances, non pas par rapport à l’Israël, mais bien par rapport au premier ministre trop vengeur qui ne sait pas balancer la protection de son pays et le respect des vies citoyennes du côté adverse. Même s’il arrive à garder le pouvoir, compte tenu de sa capacité à regagner la confiance des Israéliens méfiants, il ne pourra pas effacer le chapitre sanguinaire de sa longue période d’occupation. Il sera ultimement dépouillé de toute décence aux yeux du monde. En lui attribuant le titre de « génocidaire », selon le jugement de la Cour internationale de Justice pour le cas South Africa v. Israel, ou celui de «criminel de guerre», selon le mandat d’arrêt de la Cour Criminelle Internationale et le jugement populaire international, cela pourrait affecter négativement la diplomatie d’Israël avec certains pays. La carrière politique de Nétanyahou est possiblement morte avec les décisions qu’il a prises face à Gaza, desquelles découlent des répercussions atroces ternissant, à jamais, sa réputation à l’international comme au domestique, où sa réputation était déjà en baisse par faute d’actions, indigne du chef du gouvernement d’un pays démocratique.
Sources :